> Politique > L'immobilisme, le véritable favori de cette campagne
Recherche :
Les plus populaires
Newsletter
S'inscrire à la newsletter
Derniers commentaires
Auguste
Il faut effectivement (...)
Auguste
Cette affaire semble mineure (...)

L'immobilisme, le véritable favori de cette campagne

7787751445_fillon-macron-melenchon-le-pen-et-hamon-lors-du-debat-du-20-mars-sur-tf1.jpg

« On ne sort de l'ambigüité qu'à ses dépens », disait le cardinal de Retz. A travers cette sentence pessimiste, l'ancien frondeur et mémorialiste du grand siècle estimait que la politique consiste à séduire des forces contraires pour arriver à ses fins, mais dans une démocratie où le peuple souverain est traversé de contradictions, la séduction de gens aussi divers demeure impossible sans tromperie ni dissimulation.  Et effectivement, cette campagne présidentielle semble donner raison au cardinal florentin, tant le dévoilement sincère d'un programme produit surtout une addition de mécontents au lieu de susciter l'adhésion d'une majorité.

Le piège des primaires

Le principe des primaires, qui demeure légitime entre personnes partageant le même avis, oublie délibérément un monde extérieur qui scrute attentivement un vainqueur dont la tendance est de s'enfermer dans un discours adapté aux seuls militants. En rivalisant d'audace réformatrice pour plaire à leurs soutiens indéfectibles, les candidats républicain et socialiste ne se sont pas aperçu que leur volontarisme allait surtout effrayer le reste d'une population sceptique ou hostile.  

Au-delà des affaires, François Fillon s'est laissé entraîner de bonne foi dans un libéralisme décomplexé qui crée toujours autant d'aversion épidermique dans un pays aussi étatiste que la France. Benoît Hamon reste fixé sur sa culture socialiste de la victimisation pour expliquer la délinquance et le chômage, créant la déception chez les Français qui pensaient que la gauche pouvait renouer avec le réel. Ces deux candidats se sont laissés piégés par des primaires qui ne reflètent nullement le sentiment général de la population, et au lieu d'adapter leur discours une fois la victoire acquise, ils persistent avec une sincérité touchante mais impuissante à créer une majorité.   

Peut-être que des raisons plus profondes expliquent cette réticence au changement. Dans un pays vieillissant où les retraités et fonctionnaires votent davantage que les jeunes, les forces favorables à l'immobilisme s'avèrent plus importantes que les forces porteuses de radicalité. Mais justement, le changement des visages permet de dissimuler la stagnation des idées, comme l'illustre superbement le cas Macron.

L'ambigüité de Macron

Plus un candidat demeure flou dans son programme, plus ses chances de séduction s'avèrent élevées pour séduire le ventre mou du corps électoral. Ses chances augmentent drastiquement s'il est jeune, beau et souriant, un peu comme l'étaient en leurs temps Jean Lecanuet ou même Jacques Chirac.

Inutile d'expliquer qu'Emmanuel Macron remplit parfaitement ce rôle. Chouchou des médias, le socialiste n'a même pas besoin de clarifier son discours comme l'exhortait Marine Le Pen durant le premier débat du 20 mars sur TF1. Son ambiguïté socialo-libérale suffit à endormir la méfiance des Français, et ses envolées lyriques souvent incompréhensibles permettent d'occulter l'absence de précision d'un programme qui plaît à tout le monde, selon le sens où on le prend.

Des contradictions innombrables

Son projet d'alignement des régimes de retraites entre le privé et le public ne précise pas qui doit réaliser l'effort, entre le privé et le public. Son idée de retraite à point risque surtout d'aliéner les retraites à cause d'une valeur du point impactée par une croissance démographique en berne, comme le montre l'exemple suédois.

Le rabotage de la taxe d'habitation privera les collectivités locales de leurs ressources, suscitant la colère des édiles exprimée lors de l'assemblée des maires de France. Ses baisses d'impôts semblent séduisantes, sauf qu'elles sont financées par une hausse de la CSG. Le maintien des 35 heures dans la loi rentre en contradiction avec son désir de négociation par entreprise ou branche, rendant inaudible sa position. L'économie de fonctionnaires grâce à « des réorganisations internes » s'avère floue, suscitant le doute.

La fermeté affichée concernant l'immigration clandestine s'oppose à son choix d'une mondialisation humaine et financière. Son plan pour les banlieues oublie que des milliards ont déjà été consommés en pure perte dans ces zones perdues de la République, créant les conditions d'un communautarisme insidieux.  

Une inexpérience dangereuse


Son ambiguïté personnelle, officiellement « de gauche et de droite », le conduit à draguer un peuple de droite déstabilisé par les affaires, à se revendiquer de Jeanne d'Arc et du Général de Gaulle. Aussi, durant ce débat suivi par 10 millions de Français, Emmanuel Macron a approuvé par cinq fois François Fillon dont la stature d'homme d'état l'impressionne visiblement. En affirmant que François Fillon était le seul candidat à chiffrer son programme, Emmanuel Macron donne l'impression de subir l'influence des autres candidats plus expérimentés, ce qui s'avère problématique pour un futur chef d'Etat censé garantir l'indépendance de la France face aux puissants.   

Comme le remarque la presse étrangère, l'ingénuité d'Emmanuel Macron le rend muet face à ses adversaires les plus aguerris, en particulier Le Pen et Mélenchon. Ces deux tribuns énergiques occupèrent l'espace du débat et lui rappelèrent la triste réalité sociale de nos concitoyens. Appartenant à une élite mondialisée et déconnectée du peuple, Emmanuel Macron rivalise d'optimisme pour annoncer la résolution de tous nos problèmes, comme s'il suffisait d'espérer et de marcher pour résoudre la crise civilisationnelle que nous subissons.   

Comment expliquer alors un tel engouement pour un homme aussi inexpérimenté, influençable et opportuniste ? Son seul crédo semble la continuation des politiques qui ont échoué, la soumission à l'Europe allemande, le libre-échange intégral, l'immigration de peuplement et la conservation des privilèges. Les nombreux ralliements de gauche, de Bertrand Delanoë à Cohn-Bendit en passant par Robert Hue, indiquent que les socialistes sont en train de reprendre le pouvoir en ravalant juste la façade, au risque de créer une immense déception chez les Français dégoûtés par un quinquennat calamiteux.   

L'espoir de l'isoloir

Toutefois, rien n'est joué. Les Français se rendent-ils compte que François Hollande tient les ficelles de cette élection, que les affaires viennent directement de fuites organisées par l'Elysée, qu'Emmanuel Macron est le véritable héritier du président socialiste ? Probablement que oui. Dans le secret de l'isoloir, les Français refuseront sûrement de se laisser manipuler par la classe médiatique, et choisiront la France plutôt que la prolongation du socialisme par infraction judiciaire.

Commentaires (0) :