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Le Front National peut-il percer le « plafond de verre » ?

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La présence probable de Marine Le Pen au second tour des élections présidentielles pose la question de sa capacité de rassemblement pour créer une majorité et gouverner la France. Sa victoire finale au soir du second tour, puis la constitution d'un groupe parlementaire après les législatives, nécessitent la formation d'un pôle majoritaire dans une opinion encore très réticente à renverser le système politique actuel, d'après les sondages.  

L'absence d'alliées et l'isolement chronique dont souffre le Front National suggère que cette capacité de rassemblement lui fait cruellement défaut. Cette impression semble confirmée par les dernières élections départementales et régionales où des victoires locales étaient possibles d'après le premier tour, mais finalement perdues en raison du sabordage organisé de la gauche pour faire élire les candidats de droite.  

Un fameux « plafond de verre » semble écarter les chances du Front National d'accéder  au pouvoir suprême dans le cadre contraignant d'un système majoritaire à deux tours. Pourtant cette vision pessimiste peut être déjouée si le Front National bénéficie d'une dynamique débordant son électorat tout en profitant d'une mobilisation supérieure à ses rivaux.

La dynamique frontiste à l'approche du scrutin

Marine Le Pen a toujours terminé une campagne à un niveau plus élevé qu'en début de mobilisation. L'entrée en jeu des classes populaires, qui sont plutôt favorables au Front National, s'effectue plus tardivement que pour les couches aisées de la population, expliquant ce surcroît de performance au moment du scrutin. S'il n'existe plus de « vote honteux » servant de réserve de voix au Front National, le parti patriote bénéficie d'un potentiel de séduction à l'approche du scrutin, en raison de son positionnement hors-système qui peut convaincre des électeurs mécontents de leur situation sociale et qui établissent le lien entre leurs difficultés personnelles et la mondialisation humaine et économique.   

Bien que les Etats-Unis ne soient pas la France, un précédent peut être mentionné avec l'élection de Donald Trump en 2016. L'opinion américaine s'est décidée à une semaine seulement du scrutin, de sorte que le républicain réussit à combler son retard malgré l'ostracisme et la campagne de dénigrement opérée par les médias et « peoples » si mal nommés. Ce sursaut du peuple américain illustre sa résilience face aux injonctions d'une élite mondialisée et arrogante. Libre de son choix, le peuple américain a glissé dans l'urne un bulletin conforme à ses convictions profondes sur l'état de décomposition d'une société américaine minée par le multiculturalisme et livrée aux vents violents de la mondialisation.

La contradiction apparente des Français

Or le même rejet du mondialisme semble animer une majorité de Français. Paradoxalement, alors que le Front National souffre d'une image encore négative dans l'opinion, ses fondamentaux sociétaux et sécuritaires bénéficient d'une approbation tacite dans de larges couches de la société française.

Par exemple, 57% des Français estiment qu'il y a trop d'immigrés en France (1), ce qui devrait se traduire par une approbation majoritaire du Front National sur les questions d'immigration. De même, 74% des Français estiment que l'islam n'est pas compatible avec les valeurs françaises, ce qui devrait plébisciter le seul parti dénonçant clairement l'irruption fracassante de l'islam comme source de confusion et d'antagonisme dans notre société. Concernant la sécurité, l'osmose avec l'opinion devrait prédominer, puisque 92% des Français sont favorables à la perpétuité réelle (2), et à une justice très sévère envers les délinquants mineurs. Même si les Français demeurent attachés à l'euro, 59% veulent la fin de la liberté absolue de circulation imposée par Schengen, et 54% ont refusé le projet de constitution européenne en 2005, ce qui devrait rendre le Front National populaire sur les sujets européens.

En résumé, les Français établissent une analyse assez critique de la mondialisation culturelle, humaine, économique et institutionnelle, tout rejetant encore un parti qui propose de rétablir la souveraineté de la France, dans la lignée du général de Gaulle. Or cette contradiction pourrait bien ne plus tenir très longtemps, et même s'il ne faut pas espérer la conversion soudaine de millions de Français aux thèses frontistes, du moins ses opposants commencent à se dissoudre progressivement, puisque ne croyant plus eux-mêmes en « l'identité heureuse » d'une mondialisation objectivement défavorable aux peuples occidentaux.

Cette désillusion qui traverse le camp libéral et mondialiste tranche donc avec la résolution qui anime les conservateurs et patriotes. Or c'est bien cette différence de conviction, et donc de mobilisation, qui pourrait permettre à Marine Le Pen de gagner la présidentielle.

La mobilisation différentielle

Le socio-physicien Serge Galam, qui a prédit l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis, a établi un modèle mathématique qui rend possible l'élection de Marine Le Pen en raison d'une participation différenciée entre les électeurs frontistes et les électeurs hostiles au FN. En effet, la motivation des électeurs anti-FN pour voter en faveur d'un candidat qui ne créé pas l'unanimité risque d'être plus faible que la motivation des électeurs FN en faveur de leur championne.

Concrètement, même s'ils affirment vouloir voter François Fillon dans un éventuel second tour face à Le Pen, beaucoup d'électeurs de gauche s'abstiendront en réalité, tant le candidat républicain froisse leurs convictions politiques ou leur sens de l'éthique. La même réticence existe pour Emmanuel Macron : même s'ils affirment le contraire, beaucoup d'électeurs de droite et d'extrême gauche refuseront de voter pour le fils héritier de François Hollande, ami de Pierre Bergé et ancien banquier ultra-libéral, et se réfugieront dans l'abstention.

Serge Galam démontre qu'avec une participation réaliste des électeurs frontistes de 90% pour 42% d'intentions de vote, il suffirait que la participation des électeurs du candidat anti-FN descende à 69% pour que Marine Le Pen soit élue.  Ainsi la candidate frontiste peut gagner l'élection, même avec 42% d'intentions de vote dans les sondages, comptant sur une mobilisation différentielle entre son électorat et celui d'en face.

Pour Marine Le Pen, la victoire est donc possible, quel que soit son opposant au second tour. Certes Fillon bénéficie d'une certitude de vote plus élevé que Macron, rendant possible sa qualification au second tour malgré les sondages, mais l'écart plus réduit des intentions de vote pourrait le handicaper face à la candidate frontiste.

L'ironie de l'histoire serait peut-être d'assister à la qualification de François Fillon malgré les affaires, mais à sa défaite face à Marine Le Pen en raison de ces mêmes affaires lancées avec une grave inconséquence par François Hollande?   

L'après présidentielle : une recomposition entre souverainistes et mondialistes ?

Dans tous les cas, la qualification de Macron ou Fillon au second tour pourrait avoir d'importantes répercussions en termes de recomposition politique. Dans le cas, pas forcément le plus certain, où le candidat socialiste arriverait au second tour, la droite disqualifiée et prise en tenaille exploserait en deux blocs distincts : un bloc libéral qui rejoindrait le camp mondialiste d'un côté, un bloc conservateur qui rejoindrait le camp nationaliste de l'autre.

Cette recomposition de la vie politique en deux camps antagonistes, le camp mondialiste et le camp souverainiste, achève la lente agonie de l'ancien clivage gauche-droite désormais caduque. En choisissant Emmanuel Macron comme adversaire idéal, Marine Le Pen anticipe à juste titre cette recomposition qui illustre la prise de conscience des peuples occidentaux menacés de submersion par le mondialisme et l'immigration de peuplement.  


(1)     : RTL (2016)
(2)     : CSA pour l'Institut pour la justice (2013)



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