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La reconstruction de la droite nationale

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Avec moins de 34% des votes exprimés, le score médiocre de Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2017 suscite des interrogations légitimes et appelle à des révisions profondes au sein de la droite nationale. Les partisans de la continuité pourront toujours se retrancher derrière le verre à moitié plein en soulignant le cap des 10 millions de voix obtenus par la candidate FN, il demeure néanmoins qu'un contexte historiquement favorable aurait permis à Marine Le Pen de réaliser un score bien plus important, approchant même du seuil de la majorité absolue.

Un résultat très en-dessous des espérances

Marine Le Pen a terminé la campagne présidentielle avec un score très en-dessous des pronostics les plus modérés. Alors qu'elle caracolait en tête des intentions de vote durant tout le quinquennat socialiste, alors qu'un sondage l'annonçait même gagnante au seconde tour face au candidat Hollande, alors que les dernières élections régionales et départementales plaçaient le Front National au-dessus de 27% des suffrages, donnant d'excellentes perspectives à un parti qui améliore traditionnellement son score aux élections présidentielles, Marine Le Pen arriva en deuxième position avec seulement 21% des voix à l'issue du premier tour, et il en fallut de peu pour qu'elle ne figurât pas au deuxième tour tant elle était talonnée par François Fillon pourtant handicapé par les affaires.

Ce score médiocre de 21,3% représente à peine 3% de plus qu'en 2002 où les candidats de la mouvance FN, Bruno Mégret compris, atteignaient quand même 19,1% des voix. A une époque où l'hostilité médiatique était bien plus importante qu'aujourd'hui, ce gain médiocre traduit une contre-performance dont les explications ne résident pas uniquement dans la désinformation des médias, ni même dans un embrigadement de la jeunesse, encore moins dans les injonctions des évêques qui ont globalement témoigné d'une honorable neutralité, mais bien plutôt dans des raisons internes à la campagne de Marine Le Pen.  

Cette faiblesse se révéla durant le débat de l'entre-deux tours. Après un début de campagne plutôt réussi avec le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan qui lui permit de remonter à 43% des intentions de vote, Marine Le Pen s'est littéralement écrasée durant un débat catastrophique où elle multiplia les attaques personnelles et approximations économiques qui la firent perdre 10 points dans le résultat final. Ce débat rentrera probablement dans les annales de ce qu'il ne faut pas faire pour conquérir l'adhésion de la majorité absolue, en l'occurrence perdre son temps à diaboliser son adversaire au lieu d'exposer sereinement sa vision de la France, son projet pour les Français et les éléments programmatiques permettant de réaliser un dessein qui puisse remporter l'enthousiasme du plus grand nombre.  

Un contexte pourtant favorable


Ce dessein, fondé sur la protection et la défense de notre identité, semble pourtant porté par un contexte favorable. Crise des migrants, terrorisme islamiste, délinquance endémique, perte générale de l'autorité, délitement des familles, faillite scolaire, autant de réalités qui accréditent l'intuition du Front National qui dénonce l'abolition des frontières morales et civilisationnelles comme un moyen de détruire les fondements naturels de toute nation reposant sur les notions de peuple, de famille, de culture et d'état.

Notre peuple est en déclin, en raison de l'impuissance démographique  et d'une immigration de peuplement qui submerge nos racines culturelles. Dans ces conditions, l'opposition à l'esprit de mai 68 et à la fatalité de l'immigration constituent l'axe fondamental d'une politique de reconquête nationale.

L'immigration, le sujet occulté au profit de l'euro


Or, avons-nous entendu Marine Le Pen dénoncer l'immigration massive au cours de cette campagne ? Sa proposition de réduire à 10 000 entrants le solde annuel migratoire est-elle à la hauteur d'un passif qui dure depuis un demi-siècle et qui nécessite au contraire une inversion drastique des flux migratoires ? A-t-elle clairement remis en question le relativisme moral issu de mai 68, les manipulations de la famille et le communautarisme ethnique ou sexuel ?

Au lieu de développer des thèmes attendus par sa base électorale, et même par une majorité silencieuse de Français, Marine Le Pen a imposé la sortie de l'euro comme élément central de sa campagne, sans d'ailleurs trop comprendre les impacts économiques d'une mesure aussi discutable. Elle a multiplié les postures d'extrême gauche, ainsi la retraite à 60 ans, tout en draguant les électeurs de Mélenchon entre les deux tours, ce qui acheva de refroidir la droite traditionnelle.

L'éclatement de la droite entre libéraux mondialistes et conservateurs identitaires


Pourtant le conservatisme identitaire, ainsi que l'expliquent Mathieu Block ou Eric Zemmour, demeure une tendance lourde que les médias refusent de voir depuis la victoire paradoxale d'Emmanuel Macron. A les entendre, la Manif pour tous, l'élection de Donald Trump ou le Brexit ne seraient que des accidents dans la marche irrésistible du monde vers le relativisme et l'uniformité globalisée. Mais l'Histoire n'est jamais une pente droite, la continuation d'un régime peut très bien dissimuler une révolution sociétale à l'?uvre, ainsi l'élection de Pompidou après mai 68.

La gauche libérale a gagné, mais au prix d'un rapprochement de la droite. La tentative de hold-up de Macron sur la droite molle, à travers la nomination d'un premier ministre jupéiste, devrait faire exploser la droite entre ses deux tendances libérales et conservatrices dont l'union s'avère contre-nature. Comme l'expliquait Réné Rémond dans « Les Trois droites » en France, le berceau naturel du libéralisme se situe à gauche, et la fin de la menace marxiste libère cette philosophie politique qui peut désormais divorcer du conservatisme de tradition catholique pour convoler avec le libertarisme gauchisant.

L'éjection du conservatisme des forces de gouvernement, qui était déjà une réalité depuis Giscard d'Estaing, recompose le champ politique en trois forces distinctes : le socialisme authentique dont Mélenchon est le principal tribun, le libéralisme intégral autour d'Emmanuel Macron, le conservatisme identitaire qui n'a pas de représentant clairement identifié depuis que Marion Maréchal Le Pen et Philippe de Villiers se sont retirés de la vie politique.

L'union des droites conservatrices et identitaires, le seul horizon possible du Front National

Pourtant, la logique des rapports de forces recommande au Front National d'occuper un espace que les cadres Républicains, par tropisme libéral, refusent d'investir. Dans l'hypothèse où le Front National arrive à se défaire de l'emprise Philippot, l'ex-premier parti de France pourrait reconquérir ses électeurs en se recentrant sur ses fondamentaux conservateurs et identitaires.  Avec un tel positionnement assumé à droite, le Front National pourrait séduire la frange conservatrice issue des Républicains, rallier les catholiques attachés aux traditions, convaincre les indépendants et artisans en progression constante.  

Cet horizon constitue la seule perspective possible pour le Front National. Marion Maréchal Le Pen aurait pu prendre la tête de cette renaissance nationale, mais son attachement aux exigences familiales demeure plus fort que ses projets de carrière.

En attendant son retour, l'élection du plus grand nombre de députés FN devrait contribuer à l'émergence de nouvelles figures conservatrices et identitaires susceptibles de peser sur le débat politique, à l'intérieur comme à l'extérieur du Front National. La mobilisation autour des têtes de liste FN pour les prochaines législatives, puis la création d'un groupe parlementaire à l'assemblée, demeure l'instrument d'une meilleure visibilité avant la lente conquête du pouvoir.


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