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Débat d'entre deux tours : la déception des patriotes

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Le débat d'entre deux tours de la présidentielle, voyant se confronter durement Marine Le Pen à Emmanuel Macron, a indiscutablement déçu les Français.

Les invectives, attaques personnelles, insinuations malhonnêtes n'ont pas été à la hauteur d'un débat qui devait prouver la stature présidentielle des prétendants à l'Elysée.

Contrairement à ce que laissaient penser les deux protagonistes, les insultes ont surtout décrédibilisé leurs auteurs car la fonction présidentielle exige une hauteur de vue, un sang-froid, une capacité de rassemblement qui fait clairement défaut aux deux candidats empêtrés dans leur haine personnelle.

Comme l'avoue lui-même Jean-Marie Le Pen, ce débat ressemble plus à une foire d'empoigne qu'à une confrontation instructive de deux visions du monde, de deux projets de société qui intéressent pourtant les Français.  

La nécessité d'un vrai débat entre mondialisme et souverainisme

Les Français voulaient un vrai débat, presque de nature philosophique, entre le mondialisme et le souverainisme. Mais pour défendre sa cause, il faut d'abord présenter ses principes, puis les décliner dans un programme, avant de répondre dans un second temps aux critiques de son adversaire. Avec toujours pour objectif de chercher à convaincre par la passion et l'argumentation de ses idées.

Qu'est-ce que le souverainisme ? L'idée que l'humanité est faite de cercles concentriques, que la nature et la morale nous demandent de veiller au prochain avant de se projeter dans l'immensité du monde, que le soin apporté à sa famille, à sa patrie, à son peuple ne signifient pas forcément le mépris de l'altérité mais la reconnaissance de nos propres limites charnelles.

Le souverainisme considère la nation comme la cellule de base de toute vie publique. La cohérence d'une nation nécessite une culture commune qui donne envie de vivre ensemble. Cette culture procède de nos racines judéo-chrétiennes, plonge dans l'héritage de nos aïeux, et se projette dans l'avenir. Mais cette culture commune est mécaniquement malmenée par une immigration massive qui détruit nos anciennes références culturelles, alimente le communautarisme et produit une désintégration du sentiment d'appartenance. La désintégration des familles, le relativisme moral sont également à l'origine de notre décadence, de sorte qu'il convient de mener un combat culturel, aussi important que le combat économique, pour préserver notre société du chaos et de la désespérance.

Le souverainisme contre les excès de la mondialisation

Mais le souverainisme ne nie pas la réalité de ce monde. Personne ne remet en question l'utilité des instances internationales pour veiller sur la paix, personne ne remet en question l'intérêt du commerce pour subvenir à nos besoins, personne ne remet en question la nécessité d'un accord international sur le climat.    

Mais la crise des dettes souveraines, la crise des migrants, le terrorisme illustrent un excès de mondialisation qu'il convient de réduire afin de remettre notre destin entre nos mains. Les frontières sont un élément central d'une saine régulation de la mondialisation, elles demeurent indispensables pour protéger les plus faibles et entretenir les ressources de notre croissance future, elles renforcent notre sécurité tout en préservant l'Europe de la désintégration.

Le souverainisme n'est pas venu abolir l'Europe mais l'accomplir

Dans la logique du combat culturel, le souverainisme reconnaît l'Europe comme la matrice de notre civilisation. Le drapeau européen, qui est un symbole marial évident, n'est pas forcément incompatible avec le drapeau national aux couleurs de Saint-Denis et Saint-Martin, quoiqu'en pensent les révolutionnaires.

Aussi le souverainisme promeut l'Europe de la culture, de la coopération scientifique, des projets industriels, mais s'oppose à la désincarnation de l'Europe actuellement produite par les institutions européennes.

L'absence de véritable contrôle démocratique de la Commission européenne et la mainmise des lobbies sur le parlement européen constituent le principal motif d'inquiétude quant à la dérive technocratique de l'Europe, éloignée des préoccupations du peuple.

Malheureusement, l'Europe et la stabilité de l'euro sont utilisées comme arguments pour restreindre la liberté budgétaire des états membres. En réalité, l'économie n'est forte qu'en raison du travail et de l'innovation qu'une nation est capable d'accomplir, indépendamment du partage d'une monnaie unique.
 
Un programme économique qui repose sur l'innovation et le travail

Si l'euro n'est ni le moteur, ni le frein au développement économique, une grossière erreur fut de réduire notre salut économique à la seule sortie de l'euro.

La France ne peut faire l'impasse sur les réformes nécessaires pour récompenser le travail, à travers la défiscalisation des heures supplémentaires, ou inciter les chômeurs à retrouver une activité, à travers la dégressivité de l'assurance chômage. La fin de l'immigration massive, qui doit entraîner l'allègement de coûts en scolarisation, équipements, logements et sécurité, permet d'initier une raréfaction de la main d'?uvre, puis une hausse des salaires, enfin la diffusion de l'automatisation et de la robotisation dans nos usines ainsi que dans la société toute entière.   

L'innovation technologique doit être l'objectif d'un programme souverainiste qui entend se doter d'un état stratège pour préparer l'avenir. L'état stratège n'a pas vocation à maintenir des activités à faible valeur ajoutée, mais doit susciter l'émergence de technologies prometteuses, dans le secteur des nanotechnologies, l'armement, l'aérospatiale, l'informatique et l'énergie. Un protectionnisme d'abord européen, ensuite français en cas d'absence d'accord, permet de protéger nos industries encore balbutiantes, ainsi l'industrie des panneaux solaires dévorée par les importations chinoises.

L'incroyable gâchis d'une soirée prometteuse


Autant d'éléments programmatiques qui auraient mérités d'être développés sereinement dans le cadre d'un débat respectueux de l'attente des Français. Au lieu de cet échange nécessaire pour éclairer les Français sur les vrais enjeux, nous avons assisté à un massacre d'une incroyable violence.

Marine Le Pen aurait dû éviter ce massacre. Pourquoi n'a-t-elle pas profité de cet instant historique pour exposer ses valeurs, sa vision du monde, son programme, sa capacité d'écoute et de rassemblement ? Pourquoi s'est-elle enfermée dans la haine du personnage Macron, lequel est finalement assez anecdotique en tant que représentant d'un système en crise ? Pourquoi a-t-elle donné raison à tous ses détracteurs, ruinant des années d'effort pour normaliser et professionnaliser son parti ?

Ce débat fut incontestablement gâché, et le rendez-vous pris avec l'histoire ne fut pas tenu. Ce soir-là, les souverainistes éteignirent tristement leur télévision, avec l'amère impression d'un système qui utilise des épouvantails complices pour se maintenir, aux dépends de l'avenir de la France?


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