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La crise de l'identité nationale

Les Etats-nations sont attaqués par une mondialisation conquérante qui contraint à l'abaissement des frontières politiques et économiques. Cheval de Troie de la mondialisation, le libéralisme intégral déséquilibre les fragiles équilibres sociaux et impose une concurrence déloyale entre pays n'obéissant pas aux mêmes règles du droit du travail, conduisant à l'appauvrissement industriel et à l'explosion de l'immigration. La récente crise financière aurait pourtant du alerter l'opinion sur les conséquences néfastes de la désindustrialisation et la financiarisation excessive des économies occidentales. Pourvu naturellement de ne pas confondre Etat stratège, qui valorise le travail, et Etat providence, qui désarme l'effort, la réhabilitation de l'Etat comme moteur d'investissements stratégiques s'impose pour préparer la montée en puissance technologique de nos sociétés. Cela suppose néanmoins que l'Etat national repose sur des bases solides qui dépassent largement les simples intérêts économiques pour toucher à la conscience collective d'appartenir à la même communauté de destin. 

L'Etat national serait-il voué à la disparition ? En faveur de cette thèse, nous pouvons constater que la mondialisation des échanges, qui s'est accéléré avec la chute du mur de Berlin, tend à abolir les frontières économiques et sociales des Etats, rendant illusoire la préservation d'une singularité politique dans l'arène du monde. En Europe plus particulièrement, le traumatisme des guerres mondiales a engendré un rejet viscéral des nations jugées responsables de millions de morts, tandis que la paix observée depuis 1945 est mise rapidement au crédit d'une construction européenne qui relègue les légitimités nationales aux oubliettes de l'Histoire. Ainsi la commission européenne s'arroge désormais le principe de légitimité, déconstruisant les frontières et imposant le dogme libéral comme antidote à l'affirmation des identités locales.  

La faillite du libéralisme intégral

Pourtant, la crise financière de 2007 illustre les limites d'un libéralisme intégral qui démembre les frontières économiques des Etats nations. L'instantanéité des échanges a favorisé la contamination des produits financiers toxiques, exportant par exemple la crise immobilière américaine dans les comptes des grandes entreprises européennes. L'abolition des frontières a éliminé les sas de sécurité entre les économies nationales, mondialisant aussi bien les richesses que les crises systémiques.

Plus grave, l'élimination du protectionnisme a brutalement mis en concurrence les industries européennes et asiatiques dopées par un coût dérisoire du travail. Bien entendu l'excès de protectionnisme conduit à retarder les réformes indispensables pour redresser la compétitivité de notre pays. De même un protectionnisme aveugle s'attarde à sauvegarder des emplois peu qualifiés, sclérosant le progrès technique et la croissance. Cependant, force est de reconnaître qu'une abolition totale des frontières, loin de stimuler les ressources cachées de notre pays, détruit également nos industries stratégiques qui auraient pu redevenir des pôles d'excellence si un peu de temps leur avait été concédé pour se réformer. Par exemple l'industrie naissante des cellules photovoltaïque, nécessairement fragile puisque toute récente, a été décapitée par les exportations chinoises qui ne souffrent pas des mêmes règles environnementales. Certes la commission a finalement décidé d'imposer des droits de douanes pour les produits chinois, mais le mal est fait : l'industrie européenne photovoltaïque a été déstabilisée par une concurrence chinoise agressive, et les investissements en recherche et développement ont été consentis en pure perte.   

Plus généralement, le péché ultime du libéralisme intégral consiste à penser qu'une adaptation salutaire et immédiate procède nécessairement d'un environnement concurrentiel. Ce postulat est faux pour les industries nécessitant d'énormes investissements et dont les fruits s'observent sur le long terme, comme les infrastructures, l'énergie, l'armement, la recherche pharmaceutique. Plus précisément, les sommes considérables de capital dépassent les capacités du privé, et surtout les perspectives lointaines de rentabilité découragent la plupart des investisseurs particuliers qui souhaitent voir un retour sur investissement avant la fin de leurs vieux jours. Certes des investisseurs philanthropes ou naïfs contribueront toujours à financer des projets à rentabilité très lointaine, tel Eurotunnel qui causa la ruine des premiers actionnaires. De même les « business angels » accompagneront toujours les projets innovants et risqués, contribuant outre-Atlantique aux premiers succès d'Internet. Mais ces acteurs involontairement ou volontairement désintéressés demeurent trop peu nombreux pour engager les efforts considérables afin de remettre notre économie sur le chemin d'une croissance durable. Seul un Etat fort et rationnel permet de conjuguer les efforts de toute une nation, intervenant aussi bien sur le levier fiscal, financier, réglementaire et social.      

Le contre-exemple des trente glorieuses

Ce modèle d'Etat fort fut malheureusement perverti durant les trente glorieuses. Rappelons qu'une forme d'Etat colbertiste se développa chez les Alliés à l'issue de la seconde guerre mondiale, sur la lancée des efforts militaires et dynamisé par le plan Marshall. Ce modèle d'Etat colbertiste favorisa la reconstruction et le développement d'infrastructures essentielles, ainsi le nucléaire ou les autoroutes en France.

Malheureusement, afin d'acheter la paix sociale malmenée par l'agitation communiste, ces Etats ont abusivement partagés les fruits de la croissance avec la classe ouvrière, grignotant lentement mais sûrement notre compétitivité face aux pays d'Asie. Bien que motivée par de nobles intentions, la promotion rapide de l'ancienne classe ouvrière produisit de funestes effets collatéraux sur le tissu économique et démographique de notre pays. Plus précisément, afin de satisfaire les revendications d'émancipation sociales, les Etats organisèrent la massification scolaire qui aboutit à l'inflation des diplômes, au retard de l'entrée dans la vie active, à l'inadéquation des formations trop théoriques face aux besoins réels de l'économie.

De même, comme les fils d'ouvriers ne veulent plus exercer le métier de leurs pères, mais plutôt devenir avocat ou médecin, une immigration massive se développa afin de pourvoir aux métiers manuels ou faiblement qualifiés. Cette immigration massive, qui doit donc son origine à l'ambition de l'ancienne classe ouvrière travaillée par le marxisme, contribue à dynamiter les équilibres naturels de la nation et à exacerber les replis identitaires d'une société qui n'est plus motivée par le désir de vivre ensemble.

Enfin l'obsession de l'égalité typique des trente glorieuses aboutit naturellement à l'idéal féministe dont le principal succès fut le droit à l'avortement ou la généralisation du travail féminin, avec des effets immédiats sur le taux de fécondité, en particulier en Allemagne où aucune politique d'accompagnement des travailleuses mères de famille ne fut réalisée.

Notre intention ne consiste pas à rejeter aveuglement toutes ces avancées dites sociales, mais plutôt de montrer les mécanismes logiques qui aboutirent à la faillite de l'Etat providence. L'Etat providence fondée sur le partage équitable des richesses conduit à l'étouffement des talents, à la sclérose économique, aux revendications sociales toujours plus aberrantes. L'égalitarisme associé au libéralisme intégral produit une frustration continuelle du peuple qui se plaint toujours de sa situation, au lieu de ressentir une légitime fierté d'habiter son propre pays. Pour paraphraser Kennedy, l'homme moderne convoite les biens de la nation, au lieu de se consacrer lui-même au bien de la nation.

Les fondements de la nation

L'Etat national refuse la dérive de l'égalitarisme. Considérant que les différences de talents sont naturelles et bénéfiques à l'ensemble de la société, il établit un cadre juridique permettant à chacun d'exprimer ses compétences, portant ainsi sa pierre à la lente élaboration du bien commun. L'effort est justement récompensé, mais dans la mesure où la jouissance des biens acquis ne s'oppose pas aux fondements de la nation. De même l'Etat national établit une stratégie de croissance économique en réalisant les investissements stratégiques de demain. Cette politique économique vise à promouvoir le niveau de vie général de nos concitoyens, mais toujours dans le respect des équilibres naturels et de l'identité nationale.

Cette réserve en faveur des fondements de la nation distingue clairement l'Etat national de l'Etat libéral dont l'objectif consiste en la satisfaction de chaque individu isolé de son milieu et de sa famille. En effet le nationalisme, qui est en réalité le moteur de tout Etat national, n'accrédite pas l'idée d'un bonheur individuel isolé des interactions sociales. Au contraire, l'idéal nationaliste considère que le bonheur d'une personne est conditionné par la sensation de participer au bonheur commun. Cette impression de contribuer à un bien dépassant largement le cadre étroit de sa personne détermine fondamentalement l'authenticité du bonheur humain. Or toute la souffrance moderne procède de l'absence de ce bien transcendant, ainsi que le démontre le philosophe Luc Ferry. Autrefois lié au sentiment religieux, cette notion de bien transcendant se développa autour de la notion de progrès, très en vogue au début du XXième siècle et abusivement recyclé par le communisme. Puis, dynamité par le relativisme de mai 68, la croyance en un bien transcendant s'écroula avec l'exacerbation d'un individualisme mortifère.

Contre ce vide spirituel qu'engendre un libéralisme déstructurant, de nouvelles valeurs transcendantes doivent émerger. Notre civilisation de tradition chrétienne possède justement les ressources nécessaires à l'affirmation de ces valeurs : la liberté humaine, mais aussi le principe d'un bien commun qui surpasse les égoïsmes particuliers, ainsi que l'exprime Saint Thomas d'Aquin ( ??). Ce bien commun articule ensemble des notions aussi diverses que le respect des équilibres naturels, tels la famille et l'identité culturelle, ainsi que le progrès technique et économique. Cette réhabilitation du sens en politique débouche sur la réhabilitation de l'Etat qui oriente les efforts vers la réalisation du bien commun.

Des réformes ambitieuses

Première priorité, la réforme institutionnelle qui passe d'abord par une renégociation des traités européens afin de limiter les abus de la commission européenne. Tendant ensuite vers davantage d'efficacité, l'Etat national supprime le Sénat qui représente les intérêts des élus locaux au lieu de transmettre les aspirations légitimes du peuple. Il réduit le nombre de parlementaires désormais élus au scrutin proportionnel afin de rétablir la véritable fonction du parlement : celle d'exprimer la diversité des opinions et d'organiser un débat libre et ouvert. Il démantèle nombre d'institutions couteuses et inutiles, en commençant par le Conseil économique et social. Il récompense les fonctionnaires méritants tout en réduisant les effectifs pléthoriques. Il promeut les identités régionales tout en appliquant strictement le principe de subsidiarité afin de lutter contre les effets pervers de la décentralisation. Il réaffirme son autorité face aux corporatismes et lobbies qui pourrissent d'importantes institutions publiques comme l'Education nationale et la Justice. Concernant la première, il remet en cause la massification scolaire et développe l'apprentissage. Concernant la seconde, il recadre une institution qui protège trop souvent les délinquants au lieu des victimes innocentes.

Sur le plan économique, il met fin à l'assistanat qui décourage la valeur travail. Il préfère promouvoir la formation des chômeurs plutôt que de verser des allocations semblables au tonneau de Danaïde. Enfin, il s'attaque frontalement à une immigration destructrice et met en place une politique d'inversion des flux migratoires.        

Toutes ces réformes nécessitent une révolution des m?urs politiques. Le libéralisme, qui se développa en réaction aux dérives totalitaires du XXième siècle, arrive désormais à la fin d'un cycle. Naturellement il procède de louables intentions, comme le respect de la personne humaine qui s'inscrit dans la continuité de vingt siècles de christianisme. Mais son extension anthropologique à tous les domaines sociaux, voulu et organisé par les agitateurs de mai 68, se révéla funeste pour nos compatriotes, en particulier les plus fragiles. A l'inverse, l'Etat national réorganise la société autour de valeurs fortes et immuables, tel le travail, la famille, le bien commun. Il prépare nos vieilles sociétés aux enjeux considérables du siècle naissant, en particulier la concurrence de l'Asie dont les sociétés reposent précisément sur ces valeurs positives. Ainsi, loin d'être source de conflits, il contribue à un meilleur équilibre du monde ainsi qu'à une croissance durable.



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